Au CNDRS, l’anthropologie se développe à travers une intense pratique de recherche sur le terrain. La création du CNDRS en 1979 et parallèlement celle du musée a initié une démarche de collecte empirique d’objets et de données diverses qui vont permettre de faire une cartographie sociale, géographique et historique du pays depuis peu indépendant.

Les recherches ethnographiques se sont constituées en rapport étroit avec la muséographie avec une volonté de valoriser et sauvegarder le patrimoine culturel, matériel et immatériel et cela va prendre forme à partir de méthode fortement anthropologique : observation participante des rituels, monographie de villages, collectes d’artefacts, mythes de fondation, études de la parenté,  etc...

Le musée du CNDRS n’est pas seulement un espace d’exposition, il est au cœur d’un projet d’inventaire encyclopédique de la culture et de la nature comorienne. La motivation première était de collecter et de stocker le maximum de données. La collecte concerne les photos, les témoignages et les récits de vie précieusement gardée dans le service des archives audiovisuelles et désormais disponible au format numérique.

Le musée a pour vocation de présenter les Comores dans  leur diversité sous le plan culturel, historique, social et naturel. Il est à la croisée des sciences naturelles et des  sciences humaines, c’est l’aboutissement du travail de collecte d’objets et d’informations  visant ainsi à restituer auprès du public les résultats des recherches effectuées.

La muséographie a développé l’intérêt pour la culture matériel et le discours anthropologique renseigne sur la culture immatérielle. Les artefacts conservés dans le musée possèdent ainsi une « vie sociale » particulièrement dense qu’il convient d’analyser, sauvegarder et vulgariser. Ces productions matérielles ou immatérielles sont des supports essentiels  à la construction et à l’expression des identités sociales et des différences culturelles.

La biographie culturelle de ces objets est encore embryonnaire et mérite d’être enrichie en retraçant les séries de significations qu’on leur a attribuées au cours de leur trajectoire dans l’espace et dans le temps.

L’enquête de terrain, fondamentale en anthropologie, a toujours été une méthode privilégiée par les chercheurs du CNDRS. Le fondateur du CNDRS, Damir Ben Ali a initié la recherche de terrain qui a été un catalyseur pour la réflexion anthropologique et a débouché sur plusieurs études originales et inédites. Les années 1980 représentent une période prolifique pour la recherche nationale.  Il s’agissait de mettre en exergue les traditions immémoriales oubliées ou méprisés pendant la période coloniale. La recherche était animée comme dans beaucoup de pays africains d’un sentiment de « restauration culturelle » . 

Le CNDRS avait aussi compris très tôt la potentialité de l’anthropologie pour comprendre le monde moderne et l’actualité du pays. C’est ainsi que plusieurs numéros de la revue Ya Mkobe abordent les spécificités culturelles et sociales des Comores en prenant aussi en compte les questions de développement et de cohésion sociale. 

Par ailleurs, les archives audiovisuelles  du CNDRS constituent des supports non négligeables pour les recherches en anthropologie en particulier et les sciences humaines en générale. Des productions immatérielles (musique, chant, danse, conte, mythe de fondation, discours cérémoniel, récit de vie, discours religieux) y sont consignées et atteste du travail de collecte qui a été réalisé dans toute l’archipel.

Ces enregistrements  de fait humains sont pertinents pour la compréhension de la société comorienne et de ses institutions et permet aussi d’appréhender son développement et de mieux définir son avenir. 

Donner la parole aux anciens, rappeler  par le biais du musée l’utilité de certains objets, comprendre  et valoriser l’identité culturelle a été un leitmotiv dans les premiers pas du CNDRS. 

Les archives orales  et des manuscrits collectés  matérialisent  et témoignent de  cette ethnographie d’urgence. Ils sont un point  de départ pour toute recherche anthropologique sur les Comores et pour la connaissance des expressions culturelles en voie de disparition ou en mutations.

Aujourd’hui, les recherches anthropologiques ne peuvent plus se réduire à la collecte d’objets ou de phénomène culturelle en voie de disparition. De nouveaux champs d’étude s’intéresse aux mutations sociales réinterrogeant l’actuel dans une anthropologie contemporaine et dynamique (migrations et exils, mondialisation, etc). L’anthropologie, par ses méthodes d’enquêtes et son champ de connaissance vaste s’avère incontournable à l’exercice de l’étude du développement du pays.

Il s’agit donc pour le CNDRS  de développer une anthropologie contemporaine qui prendra en compte les défis majeurs auxquels le pays est confronté.